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30 June "2,3,4... Notre histoire""1ermai 199.
Esteban me tenait le bras pour me diriger. Nous entrâmes dans un hall où nous étions seuls apparemment, puisqu’il m’embrassa pour m’empêcher de parler. Puis il me fit avancer dans une pièce, du moins c’était ce que je croyais avant d’entendre le mécanisme de l’ascenseur. - Où m’emmènes-tu? - Tu verras bien! - Dis-moi au moins l’étage. - 3ème,mais ça t’avancera à rien d’le savoir. Je soupirai tandis que l’ascenseur stoppait pour s’ouvrir. Nous en sortîmes. Esteban adressa un bonjour à une femme: elle répondit timidement, comme moi. Dès que les portes, en grinçant, se refermèrent sur elle, Esteban s’esclaffa. Il était certain que cette femme avait dû avoir l’air étonné: Esteban avait noué un bandeau autour de mes yeux. Quelle allure devions-nous avoir! Il riait encore en prenant des clefs. Quand je l’entendais rire ainsi, je repensais à notre enfance passée à Lille, où nous avions grandi côte à côte. La clef tourna dans la serrure, Esteban poussa la porte, me prit la main et nous avançâmes ensemble. Il referma aussitôt derrière nous. Où étions-nous? Quelqu’un nous attendait-il? Je brûlais d’envie d’enlever le bandeau, Esteban dut lire dans mes pensées: il attrapa mes mains qu’il entoura des siennes, me guida et nous fîmes quelques pas. Je l’entendis prendre une longue inspiration avant qu’il ne se décide: -J’espère que mon cadeau te plaira. Enfin je voyais. Je clignai plusieurs fois des yeux avant de les ouvrir grands de surprise. Esteban se taisait, attentif à mon comportement. J’admirais ce qui m’entourait: la pièce spacieuse était magnifiquement éclairée, le soleil avait atteint son point culminant et les vitres laissaient largement passer ses rayons. Peu meublée, cette grande pièce aux couleurs saumon et rouge, me semblait chaleureuse. Un rideau séparait la pièce en deux. Je me demandais ce qui se cachait derrière, une autre pièce? Ou était-ce un simple coin de rangement? Je ne bougeais pas, je ne parlais pas, tellement la beauté de l’appartement faisait d’effet sur moi. Esteban n’avait aucunement remué, ni même prononcé le moindre mot, il attendait. Mais sa patience eut un terme. - Hé! Dis quelque chose! - La pièce parle d’elle-même: elle est vive…resplendissante! - Alors, ça t’plait? - Évidemment! Mais… - Viens voir le reste! Il n’allait donc pas encore me dire pourquoi il m’avait fait venir jusqu’ici. J’en avais une idée, néanmoins je pense que je n’osais pas y croire. Esteban se taisait. Alors je fis preuve de mon inextinguible patience. Il se retourna et m’invita à explorer une autre pièce: la cuisine entièrement équipée, de la table au réfrigérateur, en passant par la gazinière, tout y était! Beaucoup d’éléments semblaient avoir quelques années, toutefois tout était en très bon état. Comme un bleu indéfinissable dominait, ni bleu roi, ni marine, cela effaçait mon doute et renforçait mon idée. Cela ressemblait tellement à Esteban! J’étais avide de pouvoir remercier l’homme que j’aimais, seulement je préférais demeurer sage. Il ne fut pas facile de ne pas éclater de joie et ceci dut l’être encore moins pour Esteban. Pourtant, étonnamment il ne disait mot, je l’imitais. En traversant le salon, il passa une main nerveuse dans ses cheveux courts, il était plus masculin ainsi, ce qui n’était pas fait pour me déplaire, même si j’appréciais aussi les cheveux mi-longs qu’il avait avant. Le reste de la visite me laissa sans voix. Aucune pièce de l’appartement, même la plus anodine, n’avait été oubliée par le décorateur et tout avait été fait avec un très grand raffinement du sol au plafond. Notamment la salle de bain qui m’arracha un mot: sublime. Le qualificatif était juste, pas exagéré: le mobilier ainsi que les éléments en émail comportaient des dessins au pochoir qui reprenaient le papier peint: des feuilles de lierre sur fond blanc. Chaque détail me fascinait! On avait apporté un tel soin à chaque pièce, meubles, moquettes, peintures…!
Enfin, nous étions prêts à franchir le rideau qui séparait le salon en deux, Esteban me sourit et le tira. Une chambre s’offrait à mon regard. L’espace était restreint, le mobilier ne nous laissait guère de place pour circuler, mais encore une fois la décoration rendait l’endroit agréable. Les couleurs étaient moins chaleureuses que celles du salon, ici tout était accordé dans les gris et les bleus clairs, ceci me ressemblait davantage. Sur la table de nuit, des clefs attirèrent mon attention. Esteban s’assit sur le lit. Debout près de lui, nous nous fixions, son regard vert plongé dans le mien. Mon cœur battait la chamade. Pendant une seconde ses paupières se baissèrent, puis lorsqu’il me regarda à nouveau l’expression de son visage avait changé. Son cœur devait battre aussi vite, aussi fort que le mien, comme six ans en arrière…six ans déjà. - Tu sais bien que je n’aime pas te voir penser à cela. Il le savait parfaitement, il acquiesça d’un simple battement de cils. Il prit son air enfantin, les sourcils convexes: - Alors? Tu aimes cet appart’? - Non. Il fronça les sourcils. - J’adore! Il soupira, un large sourire aux lèvres. Ces lèvres que je ne pus me retenir d’embrasser avec passion, la même fougue l’emportait. Il attendit que je fusse à ses côtés pour se lever, prendre les clefs et les agiter au-dessus de moi. - Chris Duhamel acceptez-vous de prendre pour concubin Esteban Romiguières ici présent? J’attrapai les clefs. - Oui je le veux. Je me levai et d’un même geste nous nous prîmes dans les bras. A ce moment là, rien ni personne n’aurait pu me rendre plus heureux."
extrait de "2,3,4.... Notre histoire" 1er chapitre. Anilèm S. fin 90's
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