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    22 June

    Lé A...

    Léandre

     

     

                Il y a des moments indescriptibles qui n’ont ni couleur, ni odeur mais leur chaleur est incomparable.

     

                Pendant qu’elle dormait, nue étendue sur mon lit, à côté de moi, la peau encore toute chaude de notre amour vif, tendre, entier, je la regardais. Elle souriait dans son sommeil. Elle s’était endormie en un clin d’œil alors que je l’embrassais dans le cou, encore désireux de lui faire l’amour. Je ne l’avais pas réveillée, elle semblait si paisible, si heureuse (...) 

                Je la contemplais, à demi-tournée vers moi, une main sur mon bras pour s’assurer que je ne la laisserais pas durant son sommeil. Sur sa poitrine brillait son médaillon légèrement ovale, comme le mien, toutefois le sien ne portait aucune inscription. Je l’avais déjà remarqué et étais persuadé qu’il dissimulait le portrait de ses parents contre sa peau. Je n’avais jamais vu ni sa mère, ni son père, Léanne en parlait peu mais toujours avec amour. Je décidai de faire leur connaissance, de voir leur visage. Ma main effleura la joue de Léanne, son cou, la ligne de son épaule et continua son chemin jusqu’à son sein gauche, doux et chaud. Je m’y attardai et je sentis battre son cœur dans ma paume. Je me penchai un peu sur elle pour la respirer, m’enivrer de son odeur. Le visage dans ses cheveux, je murmurai son prénom, mes doigts, qui la caressaient, rencontrèrent la chaîne, Léanne eut un petit soupir. Je me redressai et doucement retournai le médaillon.

                Ma respiration se bloqua un instant :il ne portait pas la photo de ses parents, seulement un prénom gravé en italique… C’était la majuscule qui m’avait frappé et coupé le souffle : A             La même typographie que celle de mon propre médaillon,  la même lettre pour un prénom masculin… André

                Un frisson me parcourut tout le corps, j’avais mal lu, il n’y avait pas d’accent sur le « e ». Presque mon prénom, comme j’avais presque le sien…

    LE Anne

    LE Andre

             Je passai le pouce sur la gravure, je me penchai pour regarder de plus près, j’avais beau chercher, l’accent n’existait pas et n’avait jamais existé. Andre. Ce n’était pas un prénom. Anne, oui, mais Andre ?  (...)

                Et puis… cette écriture… Je soulevai mon médaillon et le rapprochai de celui de Léanne. Côte à côte, même écriture, même hauteur, penchées sur la droite toutes les deux… le même or… mes yeux cherchaient désespérément des différences, les chaînes aussi étaient identiques. Je déglutis et dans ce moment d’incompréhension et d'inquiétude, je décidai de retirer la mienne qui ne m’avait encore jamais quitté. Doucement, tout en fixant Léanne qui n’avait pas bougé d’un cil, je laissai tomber ma chaîne et mon médaillon le long du mur. Léanne n’avait jamais vu l’inscription que je portais moi aussi contre ma peau pour éviter les malentendus ou les questions sans réponse sur ce prénom féminin qu’elle ne verrait jamais."

     

    extrait de "Lé A..."    Anilèm S.