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    14 July

    hommage à Kraissie...

    "Courbes anguleuses de son corps féminin
    Esprit encore enfantin
    Cambrure, bas du dos et fesses rebondies
    Nuque fine et délicate
    Frissonnante de désir
    Une appréhension légère l'envahit
    Son ventre se creuse au rythme de mes caresses
    Un baiser au creux de ses reins
    Et je la rejoinds
    Côte à côte nos lèvres s'effleurent
    Et dans un nid douillet
    La chaleur de nos corps nous endort"
     
    Anilèm S.  janvier 2000
    20 June

    Kraissie 1/2

                "J'avais quinze ans. On vivait déjà dans ce petit quartier paisible depuis longtemps, mais on y habitait à cinq à l'époque... Ma mère, artiste peintre délurée, mon père, instit inflexible, notre frère aîné Eddy, qui ressemble toujours autant à notre père, Stanislas et moi, la petite dernière, le vilain petit canard, en tout cas c'est ainsi que je me voyais déjà à travers le regard de mon père, et depuis longtemps... Stanislas était parfois dépassé, mis mal à l'aise par les idées saugrenues de ma mère, mais c'est avec mon père, à qui il reprochait d'être trop sévère qu'il entretenait les relations les plus difficiles. A voir nos parents côte à côte, on se demandait comment ils avaient pu tomber amoureux l'un de l'autre! En 68, ma mère devait brûler son soutif alors que  mon père devait sûrement lutter pour la reprise des cours!...

                 Je tenais de ma mère! Toute petite j'aimais déjà les choses un peu à part, je tannais mes parents pour avoir des rats, je n'avais que des tenues bariolées et je mettais des fleurs et des rubans de toutes les couleurs dans mes cheveux trop blonds et trop fins. Je faisais la fierté de ma mère, puisque ces deux premiers enfants n'avaient pas, eux, hérités de son excentricité et le déshonneur de mon père qui aurait préféré une petite fille sage et modèle...et plus jolie si possible!

                   Je me rappelle, j'avis huit ans lorsqu'un couple et leur fille ont emménagé dans une maison face à la nôtre. Les adultes ont vite sympathisé et mes parents, un jour d'été, les ont invités. Elle était là devant ses parents, dans une robe blanche, le teint hâlé, ses boucles blondes retenus par un ruban bleu comme ses grands yeux. Elle me souriait, chaleureuse. Il y eut les présentations et cette phrase de mon père:"En tout cas, vous avez de la chance, elle est magnifique votre fille!"

                   Je pris cette phrase comme une claque."ELLE, elle est magnifique..." Des larmes sont venus rougir mes yeux, j'étais figée devant ces personnes, en espérant me volatiliser sans qu'ils aient le temps de voir à quel point ma peau était trop blanche, que mes os ressortaient, que j'avais une moue d'écureuil de profil... que j'étais loin d'être jolie! Les parents étaient tout sourire, seul Stanislas fusillait mon père du regard et le sourire de la "magnifique petite fille" s'évanoui. Elle prit un air glacial en relevant la tête vers mon père et lui dit:

      - C'est chiant d'entendre dire que je suis belle! En plus je ne suis pas la seule! Votre fille est très jolie aussi! Mais peut-être que vous devriez changer de lunettes pour le voir?

                       Sa mère la rabroua alors qu'elle ne baissait pas son regard. Mon père, décontenancé, rit nerveusement et les invita à s'installer pour dissiper l'incident. Cette petite fille si jolie et si sûre d'elle du haut de ses huit ans, impertinente, j'aurais pu la détester, la haïr... Marika est devenue ma meilleure amie.

                       Et avec mon frère Stanislas, Marika était un soutient sans conteste dans les pires crises familiales! Mon frère avait ses propres amis mais il aimait passer du temps avec nous deux, même s'il avait trois ans de plus que nous. A l'époque de mes quinze ans, Marika et Stanislas se confiaient parfois l'un à l'autre, sans forcément me mettre dans la confidence. Je leur avait donné entière confiance qu'ils n'ont jamais trahi, pourtant, ils auraient pu m'évincer puisqu'ils se plaisaient l'un l'autre, je le savais: Marika faisait plus âgée et de son côté elle n'était pas indifférente aux charmes de mon frère, il faut dire qu'à 18ans il était plutôt beau gosse et toujours plein d'attention pour toutes les deux puisqu'on était tout le temps ensemble ou presque! Et puis à qui Marika ne plaisait pas? ce n'est pas les soupirants qui manquaient au portillon! Bon, c'est vrai, mon père lui a toujours reproché, comme quelques uns, son impertinence. Il n'a jamais digéré leur première rencontre...

                     Comme je prenais la main de Marika, que je lui faisais des câlins, des bisous sur la joue, j'en faisais autant avec Stanislas qui ne réagissait pas ainsi avec elle. Il la regardait du coin de l’œil quand il pensait que je ne le voyais pas, mais jamais il ne prit, devant moi en tout cas, une autre fille que moi dans ses bras. J'aimais bien être avec eux deux ou seule avec l'un des deux.

                      Mon père, lui, n'aimait pas que Stanislas refuse de sortir avec ses amis pour rester avec moi. Et il détestait que mon frère ose se mettre entre lui et moi quand il me disputait.

                     J'avais quinze ans. Même si j'avais des amis que je voyais au lycée et avec qui je fumais des joints de temps en temps, mon petit monde se résumait à  Marika et Stanislas qui étaient toujours là pour me protéger.

                    Je me teignais déjà les cheveux, un coup rousse, brune ou avec des mèches sur mes cheveux blonds. J'avais fait mes tatouages en cachette de mon père, avec l'accord de ma mère: une note de musique sur l'omoplate, un premier cœur sur le haut de ma poitrine et un autre, ailé, sur le haut de la cuisse.

                    Beaucoup se moquait de mon allure, de ma silhouette de fil de fer bariolée. J'en souffrais parfois mais je n'avais aucune envie de changer pour les autres. Quand on posait les yeux sur moi avec insistance, j'espérais m'évaporer, comme le jour de ma rencontre avec Marika. Il y a bien un ou deux garçons qui disaient me trouver jolie, ce sont ceux là que j'ai embrassé lors de boum et que j'ai évité les lendemains car je ne les croyais pas sincères. Les seuls en qui j'avais confiance quand ils me disaient ces mêmes mots, c'était mes deux plus fidèles alliés...

                   Marika,elle, avait eu quelques flirts et je savais que Stanislas avait eu des petites amies, même s'il s'en cachait. Quant à moi, je restais rêveuse à l'idée d'un premier amoureux! Un vrai petit ami, une relation qui dépasserait le temps d'un slow...

                   Cet après-midi là j'étais seule avec mes parents à la maison, mes frères étaient au sport. Ma mère avait décidé de peindre le chat de manière cubique. Mon père corrigeait les cahiers de ses élèves dans son bureau. Il en avait pour un moment, je pouvais me permettre de faire un saut dans notre piscine gonflable sans craindre qu'il voie mes tatouages. Je devais faire attention à mes tenues aussi, car même mon frère Eddy n'était pas au courant, on ne le mettait jamais dans la confidence puisqu'il aurait été le premier à vendre la mèche.

                 Installée dans la piscine, j'entendais ma mère chantonnait dans son atelier. Je faisais attention à l'heure pour être sorite de la piscine et rhabillée avant que mon père ne soit sorti de son bureau. Je ne pouvais pas savoir qu'il devrait traverser le jardin pour prévenir ma mère d'un appel, une invitation pour le soir même. Il passa trop près de la piscine, en maillot, dans ce petit bassin, je ne pouvais pas cacher mes tatouages. Je vis son regard se noircir. Je me dépêchai de sortir et de mettre mon peignoir. Il continua son chemin vers l'atelier, tandis que je courrais m'enfermer dans ma chambre, croisant les doigts pour que ma mère puisse calmer le jeu.

                 Comme le temps passait et que je n'entendais pas mon père rentrer et monter les escaliers, je finis  par croire que ma mère avait freiné la colère que j'avais lu dans ses yeux. Je croyais encore aux contes de fées!

                   Il déboula dans ma chambre, le regard plus noir que jamais. Depuis qu'il m'avait découverte rousse, je ne l'avais pas revu aussi furieux contre moi. Les réflexions, les comparaisons avec les enfants de ses collègues, ça me faisait toujours aussi mal mais j'en avais pris l'habitude. Il alla jusqu'à me dire que je lui faisais honte, que j'étais "irrécupérable"... Je savais qu'il prenait toutes mes "bizarreries" comme des attaques, pourtant ce n'était pas le cas. Je souffrais horriblement de ce gouffre entre nous, de me sentir rejetée.  

    19 June

    Kraissie 2/2

                     Mes frères rentrèrent du sport, Eddy prit une douche rapide avant de partir chez sa petite amie. Stanislas vint me voir, comme à son habitude. Je pleurais encore dans mon lit, les idées plus noires que jamais. Je ne voulais pas qu'il se dispute encore avec notre père à cause de moi, je refusai de lui dire la cause de ces pleurs. Il n'instita pas, m'embrassa sur le front et redescendit. J'entendis la voix de mon père et celle de ma mère, guillerette, s'adressait à Stanislas. La porte d'entrée claqua. Comme des pas firent grincer les escaliers, je crus que mon frère remontait pour me consoler. C'est mon père qui ouvrit ma porte:
        - Lavignia, nous allons partir. On sera de retour dans deux jours. Eddy n'est pas là ce soir, mais il doit rentrer demain. Stanislas est parti chez des amis pour la soirée, je lui ai dit de ne pas rentré trop tard. J'espère que vous saurez être responsables tous les trois pendant notre absence. Je compte sur vous, c'est clair?
                  Je fis signe que oui et leur souhaitai un bon weekend. Il referma la porte, je pleurais de plus belle. Marika n'était pas là, Stanislas était chez des amis... 
                 J'entendis la voiture de mes parents s'éloigner.
               A peine cinq minutes plus tard, Stanislas entrait dans ma chambre avec quelques fleurs. Je souris, heureuse de le voir.
     - Tu n'es pas parti à ta soirée?
     - Non. Je devais y aller mais je n'avais pas envie de te laisser toute seule. J'ai fais semblant de partir et j'ai attendu de voir les parents passer au coin de la rue. Papa m'aurait encore fait la leçon si je n'étais pas parti.
     - Il ne faut pas tout le temps vous disputer à cause de moi.
                  Il me sourit, déposa les fleurs sur mon bureau et s'assit à côté de moi.
     - Il est trop dur avec toi. Je conçois que certaines choses le mettent en colère mais un rien le met hors de lui dès qu'il s'agit de toi. Il n'a pas le droit de te faire pleurer autant.
                   Il essuya mes larmes d'un revers de main. Je me redressai pour le prendre dans mes bras, il m'entoura en soupirant.
     - Il ne m'a pas dit, c'était à cause de quoi aujourd'hui?
     - Mes tatouages. Il travaillait dans son bureau, alors je suis allée profiter de la piscine mais il est allé voir Maman.
                 Il soupira, excédé.
     - Même Maman les trouve sympas tes tatouages.
     - Oui mais Maman, elle voit ça comme de l'art!
                 Je soupirai à mon tour.
                 Il me souriait. Il déposa un baiser sur mon front.
     - Ils sont discrets et je les aime bien aussi.
                 Son index tira un peu sur mon débardeur et se posa sur le petit coeur rouge. Stanislas me fit un clin d'oeil. Je rougis et me reculai en riant. Il rit avec moi.
     - Tu ne m'as jamais dit, il est pour qui ce coeur?
                Je haussais les épaules alors qu'il reposait ses mains dessus.
     - En tout cas tu pourrais être recouverte de tatouages des pieds à la tête, je t'aimerais toujours autant et te trouverais tout aussi jolie! C'est ton grain de folie!
                 Je ris de plus belle en m'imaginant recouverte de dessins!
     - Je serais encore plus moche!
                 Sa main se précipita dans mes cheveux.
     - Dis pas ça. Arrête de dire que tu es moche! Tu n'as pas confiance en moi?
                 Je le regardai étonnée.
     - Si, évidemment.
     - Alors si je dis que tu es aussi jolie de coeur que de corps, tu me crois?
                   J'avais envie de dire oui car une part de moi y croyait mais l'autre me criait que ce n'était pas vrai. Je restais silencieuse, les yeux accrochés à son T-shirt.
                    Il posa ses doigts sous mon menton pour que je relève la tête. Quand je le regardai, il eut un instant d'étonnement, son regard brun changea et il déglutit. Je ne compris pas pourquoi mon coeur s'accèléra et je me sentis gênée. L'envie de me volatiliser reprenait. Stanislas non plus n'était pas à l'aise, je le devinais. Ses yeux se posaient sur mes lèvres, mes cheveux, qu'il emmêlaient entre ses doigts, puis revenaient se plonger dans les miens. Je l'imitais, les joues en flamme.
                     Il soupira et me fit basculer contre lui pour me serrer très fort. J'entendis ces mots murmurés et resserrai mon étreinte. Des larmes roulèrent sur mes joues, des larmes d'émotion, intense, du bien être de me sentir aimée, de sentir mon sentiment partagé.
                   Je sentis mes cheveux se décoller de mon cou et les lèvres de Stanislas y déposer des petits baisers. Je fermai les yeux et passai une main dans ses cheveux noirs. Il sentait le gel douche, comme à chaque fois qu'il revenait du sport. Ses baisers étaient plus forts, j'en frissonnais. Ma main se glissa sous son T-shirt et je pus sentir sa peau. Je n'osais plus ouvrir les yeux, j'étais bien. Mon coeur cogna encore plus fort lorsque Stanislas se pencha sur moi jusqu'à me renverser sur l'oreiller. Il me serra fort dans ses bras en me murmurant des mots que je gravais dans ma mémoire. J'avais peine à lui répondre tellement je me sentais émue, dépassée par ce qui se passait. J'avais soulevé son T-shirt, ainsi son ventre nu touchait le mien, que Stanislas avait découvert juste avant en retirant mon débardeur. J'ouvris les yeux quand je le sentis s'écarter de moi. Il me sourit. En s'aidant de ses talons, il défit ses chaussures rapidement et s'allongea à côté de moi. Il me fixait. J'enfouis mon visage au creu de son épaule, ce qui cacha un peu ma nudité, puis j'osai tendre mes lèvres vers sa peau. J'entendis son souffle avant qu'il ne m'embrasse l'épaule avec fermeté.
                     J'étais si bien et à la fois si désarmée... Le coeur battant, la peau moite et l'esprit troublé, je l'aidai à enlever son jean. Les snoopys sur son caleçon nous firent tous les deux de bon coeur!  Puis il retourna embrasser mon épaule, mon cou et descendit jusqu'au coeur rouge, en passant une jambe au dessus des miennes. J'avais le visage dans ses cheveux, une main caressant son bras et l'autre à la limite de son caleçon. Je sentais mon coeur bondir dans ma poitrine, je n'avais jamais été aussi bien, je voulais que ça dure toujours...
                      Mon coeur fit un grand bond et j'ouvris les yeux, horrifiée de voir mon père hurlant à la porte.
                    Stanislas se releva et voulut dire quelque chose mais il reçut la main de mon père en plein visage. Puis ce dernier le poussa en dehors de la chambre. La porte claqua en faisant trembler les murs. J'étais morte de peur.
                    Mon père m'empoigna et tout en me secouant il me cria des mots que je ne comprenais pas, la peur s'étant entièrement emparée de moi. Je voulus me protéger d'un coup éventuel mais sa main fut plus rapide et atteignit violemment ma joue. Puis il repartit en claquant la porte de nouveau.
                                                                                            
                     Ce soir là, mes parents avaient fait demi tour car ma mèré avait oublié quelque chose. Mon père en avait profité pour monter voir comment j'allais... Il ne pouvait pas imaginer que ses enfants seraient couchés l'un sur l'autre, à moitié dévêtus. 
                   

    La tension qui régna chez nous les jours suivants fut plus que palpable. J’osai à peine sortir de ma chambre et lorsque je pointais mon nez dans les autres pièces de la maison, je fixais mes pieds, je n’osais plus croiser Stanislas et encore moins mon père… qui ne m’adressait la parole que pour me donner des consignes, des ordres que j’exécutais à la lettre, le cœur meurtri d’avoir agrandi le fossé qui existait déjà entre nous. J’aurais aimé reparler de cette soirée avec lui, lui dire que nous n’aurions pas été plus loin, mais nous avions déjà été trop loin je le savais, et peut-être que nous n’aurions pas pu stopper ce qui se passait puisqu’on était si bien.

    Le lendemain, Stanislas, qui osait à peine me regarder, me demanda pardon, je fis de même, il n’y en avait pas un plus coupable que l’autre.

    Marika vint me voir, étonnée de ne pas me voir débarquer en la voyant rentrer de son weekend. C’est ma mère qui accepta de la faire entrer en disant à mon père que de m’isoler n’arrangerait pas la situation qu’elle qualifiait d’ « ennuyeuse mais pas catastrophique non plus ! ». Une fois seule avec Marika dans ma chambre, je réussis à lui expliquer pourquoi l’ambiance était aussi tendue.  Elle m’écouta attentivement, elle me confia  qu’elle s’était toujours dit que cela arriverait un jour ou l'autre, que c’était peut être mieux que mon père ait fait irruption à temps, mais qu’on n’était pas les seuls coupables et qu’elle espérait que mon père en tirerait une leçon.

    La seule leçon que mon père en tira fut qu’il devait nous éloigner l’un de l’autre, Stanislas et moi… C’est ainsi qu’il trouva une école  à New York pour que mon frère continue ses études. Il mit un océan entre nous. Stanislas promit de m’écrire souvent et de me téléphoner, il le fit. Je ne pardonnai jamais à mon père de m’avoir séparée de Stanislas, de mon meilleur soutient, de la personne à laquelle je tenais le plus dans ma famille, celle en qui j’avais le plus confiance.

    Bien entendu, chacun a continué sa vie. Stanislas a rencontré une américaine, que je n’apprécie guère, la première qu’il a rencontrée, elle lui a mis le grappin dessus, et c’est avec elle qu’il semble vouloir faire sa vie… là-bas, aux Etats-Unis…

    Moi je suis restée encore quelques années chez mes parents, entre cachotteries et disputes, ma relation avec mon père est restée chaotique. Et le peu de fois où Stanislas est venu nous voir, seul ou accompagné, la tension atteignait à chaque fois son paroxysme, un seul regard de mon père et je me sentais immédiatement coupable, coupable d'avoir aimé, d'avoir était si bien...

    Néanmoins, et ça il ne peut rien y faire, cette soirée reste un de mes meilleurs souvenirs d’intimité…"

     

     juin 2006 Anilèm S.       
    18 June

    Kraissie-Marika

           "J'étais dans la chambre de Kraissie. Je l'appelais Kraissie parce que Lavignia n'aimait pas son véritable prénom et ici, chez elle, tout le monde l'appelait ainsi. J'étais déjà en chemise de nuit, installée dans le grand lit, rédigeant mon carnet de voyage, que chaque professeur devait tenir. Du rez-de-chaussée, je pouvais entendre la voix de Kraissie et de son père. Je ne comprenais pas leur langue mais au ton de leurs voix, il n'était pas difficile de comprendre qu'ils se disputaient.
            Un matelas et un duvet avaient été déposés près du lit. Logiquement, j'aurais dû dormir dans une chambre d'ami, mais un des frère de Kraissie devait arriver des Etats-Unis avec sa future femme dans la nuit. C'est pourquoi on m'avait offert le lit de Kraissie, tandis qu'elle dormirait sur le matelas.
            Le silence se fit au rez-de-chaussée puis j'entendis encore quelques voix atténuées et une porte claquer, la porte d'entrée. Les parents de Kraissie étaient invités chez des amis pour le weekend et devaient revenir le lendemain après-midi pourvoir leur fils. J'arrêtai d'écrire dès que j'entendis des pas dans les escaliers et , me sembla-t-il, des pleurs.
         
            Kraissie ouvrit la porte et se jeta sur son lit sans prêter attention à ma présence. Elle pleurait à chaudes larmes, y perdant sa respiration, les poings serrés. Je déposai mon carnet et mon stylo sur la table de chevet avant de passer un bras autour de Kraissie. Elle sursauta en se retournant vers moi. Elle ravala ses larmes, s'apaisa tout en me fixant, come pendant une minute d'hésitation et se jeta dans mes bras. Je la serrai contre moi, lui caressai les cheveux et y déposai un baiser.
         Elle avait encore une mine triste et contrariée une fois ses pleurs séchés; elle me fixait. Nos visages étaient proches l'un de l'autre, mes doigts jouaient avec ses longs cheveux blonds. La main qu'elle avait laissée sur ma taille remonta doucement le long de mon corps. Sans me quitter des yeux, elle rougit. Elle baissa la tête et s'excusa en retirant ses doigts de mon sein. Je lui repris la main et y déposai un baiser sur la paume, puis je la replaçai comme elle était, tout en me penchant pour enfouir mon visage rosi au creu de son cou. Timidement, elle caressait mes formes à travers ma chemise de nuit. Je m'ennivrais de son parfum, les yeux mi-clos. Mes lèvres suivirent la ligne de son cou pour s'ouvrir doucement sur son épaule que je venais de dénuder en déboutonnant sa chemise. Je sentis ses lèvres effleurer ma tempe, je relevai la tête. Nos regards eurent à peine le temps de se rencontrer, on ferma les yeux certainement au même moment: lorsque nos bouches s'entrouvrirent pour nous embrasser avec fougue. Aucune timidité ne s'était imicée dans ce baiser, qui fit tomber toutes les barrières qui existaient entre mon élève et moi.
            Je m'offrai à Kraissie autant qu'elle se donnait à moi. Chaque caresse, chaque baiser accentuait notre désir. Sa peau, qu'elle fut frissonnante sous mes doigts ou légèrement tremblante sur mon corps, me semblait douce et chaude.
           
             Nous étions toutes les deux enlacées, nos cheveux emmêlés sur l'oreiller, les draps repoussés au pied du lit. Kraissie regarda la lumière au plafond, je l'imitai. La luminosité de la pièce me parut agressive par rapport à ce qui se passait entre nous. C'était comme si elle mettait notre relation à nu, pareille à un flash d'un photographe indésiré. Je me penchai alors au-dessus de Kraissie pour allumer la lampe de chevet et éteindre l'autre. Je ne voulais pas l'obscurité complète, je voulais voir briller les yeux de Kraissie, ses lèvres trembler d'hésitation ou de désir, s'entrouvrir...  Je contemplais son visage.
      - Je ... Je n'aurais pas dû, je dois dormir sur le matelas...
      - Kraissie.
               Je la retins par le poignet bien qu'elle n'eut fait aucun mouvement pour quitter le lit.
       - Moi non pllus je n'aurais pas dû, mais on en avait envie toutes les deux, on...
       - Mademiselle, vous...
       - Tu. Marika.
               Elle se mordit la lèvre et ferma les yeux pour les ouvrir de nouveau presque aussitôt pour me fixer.
       - Marika...    dit-elle dans un souffle.
               Je lui pris la main, la fis glisser jusqu'à mes fesses, en me rapprochant d'elle, sans la quitter des yeux.
       - Kraissie...
     
              Nous avions, toutes les deux, envie de beaucoup plus que de simples caresses et je venais de fermer la porte aux limites des conventions prof-élève, une fois pour toute. Après tout, seulement quelques années nous séparaient!
              Les gestes de Kraissie restaient malgré tout hésitants, elle n'osait pas. Je devinais que pour elle aussi c'était sa première fois avec une femme. Nous n'étions pas sûre de nos gestes mais notre désir était si grand que je pris l'initiative de conduire d'abord la main de Kraissie là où elle n'avait pas encore osé aller. Ses baisers qui parcouraient mon coprs frissonnant de plaisir atteignirent mes côtes. Elle retira sa main qu'elle glissa sous moi et continua son exploration buccale. N'ayant pas eu le temps de m'apaiser,je m'abandonnais de nouveau à Kraissie, les doigts crispés dans sa chevelure qui chatouillait l'intérieur de mes cuisses. Mon autre main tenait la sienne serrée sur mon coeur? mon pouls s'accéléra, quelques cris s'échappèrent de ma bouche.
            
             Kraissie m'entoura de ses bras et me couvra le visage d'une pluie de baisers. Je n'avais jamais pensé faire l'amour avec une femme et encore moins pouvoir ressentir quelque chose, pourtant Kraissie venait de me faire découvrir un plaisir différent mais tout aussi intense. Ses yeux semblaient s'être noyés dans les miens. Elle me regardait avec une telle tendresse! Elle paraissait encore toute chose, très émue. Elle replaça une de mes boucles blondes derrière mon oreille. Je la serrai dans mes bras. Rare étaient les amants qui m'avaient offert autant de douceur avant et m'avaient serrée si tendrement dans leurs bras, contre leurs peaux encore toutes chaudes et humides, après l'amour."
     
    Anilèm S. décembre 1998