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October 25 Laly écrit 10/10
Thérapie par lettres... c’est un début qu’il disait le psy ! Maintenant c’est un besoin, j’évacue sur le papier ! Au départ, je devais écrire quand j’en avais envie, chez moi, pour pouvoir lire mes écrits au psy et en discuter avec lui, c’était une espèce de tremplin. La dernière lettre, je ne l’ai pas lu entièrement, le psy m’a fait stopper pour une phrase : « ... c’est un véritable problème aussi... (en plus d’un autre, dont je n’arrive pas encore à parler, même si je tourne autour...) ». Il n’était plus utile de lire la suite, fallait cracher le morceau. Le silence s’est éternisé. J’étais assise en face de cet homme grisonnant d’une bonne quarantaine d’années qui me fixait, j’en ai fait autant quelques minutes, en silence. Le seul bruit provenait d’un chronomètre, tic, tac, tic, tac, impossible de déborder de la demi-heure ! Quelques minutes dans un silence pesant, c’est fou tout ce qui passer par la tête ! Il a reformulé sa question, des dizaines en découlaient et je ne cessais de répertorier toutes les raisons qui faisaient que j’étais assise sur cette chaise...
Je consulte un psy parce que je suis enceinte et que lorsque je l’ai appris, je voulais y mettre un terme, sans prendre en compte l’envie de paternité de Dylan. C’est lui qui m’a conseillé d’aller voir un psy. Je suis là parce que je suis folle amoureuse d’un homme qui est loin de me faciliter la vie, parce que ses actes auront encore de l’importance dans dix ans et que je ne sais pas comment on pourra gérer tout ça... Décider de garder un enfant c’est faire le choix de toute une vie... Calypso est tombée enceinte avant de savoir que Dylan était son frère, demi... elle a choisi d’avoir cet enfant, qu’importe leur lien de sang. Je pense qu’il serait plus simple que Dylan se contente de n’être que l’oncle de ce bébé, puisque Calypso a Eddy dans sa vie à présent et que celui ci fera sans aucun doute un très bon père. On en a déjà parlé, il ne sait toujours pas ce qu’il fera, il dit qu’on a le temps, encore plusieurs mois... Ce serait tellement plus simple pourtant, plus simple à expliquer aux enfants plus tard. Non, en fait rien n’est simple ! Dylan et Calypso ne se regarderont jamais comme de simples frère et sœur, alors qu’en sera-t-il de nos enfants qui seront eux aussi demi frère et sœur ??? Quels liens devra-t-on leur inculquer ? Si Dylan décide d’assumer sa paternité, il va être servi... Dylan et sa manie de jouer avec le feu ! Il s’amuse à jouer les séducteurs, à tenter le diable, ce qu’il ne comprend pas c’est qu’en jouant, il se tente lui-même ! Et qu’il ne sait pas dire non... C’est vrai que Mado lui tournait autour, mais comme une fille timide, comme une jeune femme qui découvre qu’après ses parents et sa marmaille de frères et sœurs, elle a le droit d’avoir sa vie à elle, qu’elle peut plaire et qu’on peut la séduire, tout en étant très maladroite et n’osant pas car elle n’a jamais vécu ça. Je le savais, je ne m’en affolais pas. Je ne pensais pas qu’elle était dans la case possibilité même si elle fait partie du cercle restreint d’amis de Dylan. Physiquement elle est plus que banale, même pas si jolie que ça ! Assez grande avec de longs cheveux raides, bruns, une frange qui semble être coupée aux ciseaux par quelqu’un de sa famille et des grands yeux clairs qui lui donnent un air crédule. Ses hanches sont assez fortes pour son buste menu. Et à part de sa famille qui l’étouffe, je ne sais pas de quoi elle peut parler ! Je sais, on pourrait me répondre que Dylan se fout de sa conversation, mais je sais que c’est faux, car le pire de tout c’est qu’il l’apprécie... ce n’est pas juste un coup d’un soir pour oublier que je l’oblige à l’abstinence depuis plus de deux mois maintenant... Au même titre que ses amis, elle compte... Pourquoi on a accepté de retourner à un de ces week-ends organisés pour fraterniser avec les copains des copains, les voisins... ? Rien que par le fait qu’il y a toujours beaucoup de monde et qu’en ce moment, vu mon état, j’aimerais mieux m’enterrer vivante, on aurait mieux fait de refuser. Tout le monde est arrivé à plusieurs heures de décalage, comme souvent. Dylan est arrivé avant moi, il ne finit jamais tard le vendredi, Calypso attendait qu’Eddy rentre du boulot, moi je suis arrivée en soirée avec une collègue et amie. Mado était déjà là elle aussi, heureuse d’échapper à sa grande famille pour le temps d’un week-end avec des personnes de son âge. Dylan me soutient que ça ne s’est pas passé à ce moment là, après tout qu’est ce que ça peut faire ? Il m’a trompé! Il s’est permis de croire pendant un moment que je n’existais pas, qu’il était à nouveau libre comme l’air ! Et elle qui a une bonne réputation dans le quartier, qui se confinait jusqu’à présent au rôle de maman de substitution pour tous ses frères et sœurs, elle a cédé à ses envies en occultant le fait qu’elle allait faire d’un homme marié son premier amant ! Je ne sais comment, Calypso l’a découvert avant moi et pour protéger Dylan, pour éviter une autre crise dans notre couple, elle s’est retrouvée complice. Malade de jalousie, elle a quand même essayé de dissimuler ce que Dylan avait fait, de lui trouver des excuses. Elle ferait tout pour lui, mais rongée comme elle l’était par la colère et la déception, elle ne mentait pas bien. J’ai compris qu’une fois de plus, Dylan n’avait pas su dire non. Cela m’a anéantie. Dylan devait s’attendre à des cris, de la colère, des pleurs peut-être... rien. J’ai voulu partir, on m’a retenu, je suis restée, là, abattue. Il n’y avait plus rien à faire et je ne comptais pas faire la moindre chose. C’était comme ça, il fallait que je me fasse à l’idée. Juste après ce week-end là, mon père est arrivé du Brésil. Il ne devait rester que quelques jours et repartir avec ma mère ! Oui, elle est toujours chez nous... Evidemment elle me trouve bizarre, taciturne, je ne lui ai rien dit pour Mado, de toute façon j’évite de lui parler de mes problèmes, elle chercherait à m’aider et ça serait pire ! Ses réflexions à longueur de journée sur ma manière de vivre en étant enceinte, c’est suffisant !! Mon père a vu, lui aussi, que je n’allais pas bien. On a profité de se retrouver qu’à deux pour parler. Je lui ai expliqué que la grossesse n’était pas voulue au départ, que ma relation avec Dylan était assez compliquée. Au fur et à mesure, j’ai réussi à me confier à lui, entre la colère et la lassitude, je lui ai tout dit. Il m’a écouté puis ces mots sont tombés : tu n’es pas heureuse avec cet homme, quitte-le. J’ai commencé à élever la voix, à lui dire qu’il ne comprenait pas... Je n’ai pas eu le temps de poursuivre, mon père a eu un malaise. On l’a conduit d’urgence à l’hôpital, où il est resté plusieurs jours en observation. C’était son cœur. J’ai cru que c’était la fin, que mon père allait rejoindre sa première fille, que lui aussi allait me laisser seule, les médecins nous ont rassurés puis ils nous ont dit qu’il devrait se ménager à l’avenir. Lorsque je suis retournée voir mon père à l’hôpital, il est revenu sur notre dernière conversation. Il m’a dit qu’il comprenait mes sentiments pour Dylan et qu’il n’aurait pas dû prononcer ces mots, que j’étais seule à savoir ce que je devais faire, et que je serais sûrement encore plus malheureuse sans Dylan. Quand je suis sortie de la chambre, Dylan était là, je crois qu’il ne m’avait jamais serrée aussi fort dans ses bras. Après tout ce que je venais d’endurer, je n’avais pas le cœur à dire certains mots et ça n’avait aucune importance car nos regards s’étaient trouvés. Ses yeux dans les miens, c’est là que je suis le mieux, on n’a pas besoin de mot. La vie a suivi son cours, on n’a pas reparlé de ce week-end. Mes parents sont repartis au Brésil, je les ai accompagnés. Je pensais qu’un séjour au loin, seule me ferait du bien. C’est vrai je me suis reposée, cependant le manque était là et je ne fus pas mécontente de rentrer. Calypso et Carmen, la meilleure amie de Dylan me confièrent que celui-ci n’avait pas été des plus agréables pendant mon absence, c’était certainement sa manière de montrer son manque et sa peur de me perdre. Je pensais qu’on pourrait repartir sur le bon chemin... les problèmes liés à ma grossesse étaient toujours là, de plus en plus présent, comme moi... je grossis de semaine en semaine ! La vie a continué... et elle nous a rattrapés... Dylan est rentré un soir, plus tard que d’habitude, l’air déconfit. J’ai compris que j’allais encore devoir faire face, je n’en avais pas la force, je n’avais pourtant pas le choix. Il a prononcé trois mots qui m’ont coupé les jambes : Mado est enceinte. Les mots qui suivirent furent pires, j’ai cru qu’on avait retiré tout l’oxygène de la pièce, j’allais m’écrouler c’était sûr... Elle attend des jumeaux. Des jumeaux ! Quand tout s’acharne, je crois qu’il y a un moment où on perd la raison, j’en étais à ce stade. Je suis allée voir Mado, je lui ai demandé de renoncer à cette grossesse, j’ai même été jusqu’à lui dire que je prendrais tous les frais en charge. Elle ne pouvait pas les garder, ce n’était pas possible. Elle m’a expliqué qu’elle avait fait le nécessaire dès le lendemain pour éviter d’être enceinte mais qu’elle avait été très malade et qu’elle n’avait pas pensé que ça annulerait les effets de la pilule. Elle ne savait pas bien ce qu’elle allait faire, elle vivait encore chez ses parents, elle finissait la fac de lettres, elle savait qu’elle serait seule pour élever ses enfants, que ce ne serait pas facile, néanmoins, elle ne pouvait se résoudre à avorter. Pendant qu’elle parlait, je revoyais tous les rendez-vous que j’avais pris pour qu’on me retire ce truc que j’avais décidé de garder, ce truc qui s’est avéré être deux... et plus elle parlait plus je réalisais qu’au fond de moi étaient en train de grandir deux êtres que j’aimais déjà à la folie et que c’est pour eux que j’étais en train de perdre la tête. Je suis repartie de chez Mado, en réalisant que je ne pouvais rien faire contre le fait que Dylan aurait cinq enfants... de trois mères différentes... il ne me restait plus qu’à me focaliser sur l’essentiel : mes enfants auraient leur mère et leur père sous le même toit, 24h sur 24h, j’aime Dylan et il m’aime. Je suis rentrée, Dylan m’attendait, il ne savait pas où j’étais allée. Je lui ai dit que c’était moi sa femme, d’un coup ce mot prenait un autre sens, beaucoup plus d’importance. Je lui ai rappelé que je portais nos enfants, qu’il n’avait pas le droit de les faire passer au second plan, qu’on comptait plus que quiconque. Je sentais les larmes roulaient sur mes joues et s’immiscer aux creux de mes lèvres, après tout ce que je venais d’endurer, je savais que d’autres épreuves nous attendaient, j’avais le cœur en miette, j’avais peur mais ça n’avait aucune importance car nos regards s’étaient trouvés. Dylan vint m’entourer de ses bras puis ses yeux plongèrent dans les miens, je n’étais pas seule, c’est ensemble qu’on allait faire face aux évènements qui arriveraient. Il me regardait, il me demanda pardon, je fixais ses yeux bleus, on n’avait pas besoin de mot... C’est le lendemain que je me suis retrouvée devant le psy avec ce foutu silence ! J’ai ressenti une foule de sentiments différents, passant de la rage au désespoir, de la faiblesse au courage, de la honte à la fierté puis j’ai fini par relever la tête, je l’ai regardé et j’ai tout déballé en terminant par le plus important : La thérapie par lettres pouvait exister sans lui. J’allais continuer avec Dylan, et étant donné que j’avais pris conscience que c’était bien mes enfants que j’abritais au fond de moi et pas des « aliens » ou je ne sais quoi ; qu’aujourd’hui, je ne regrettais pas de les avoir garder, alors je n’avais plus besoin de ces séances. J’étais heureuse de fonder une famille avec Dylan, aussi imparfait soit il...
Anilèm S. (L. Vegas j'attends tes coms et ton accord! ;0) ) écrits octobre 2007
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